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Vieille et Aigrie

"Vous ne la connaissez pas, mais elle vous déteste déjà"


Vis ma vie de Noire avec "Dear White People"

Publié par Tatie Danièle sur 13 Avril 2015, 08:13am

Catégories : #Critiques, #cinéma, #racisme, #Justin Simien, #Dear white people

 

Chair de poule, chamade du palpitant, mains moites : je suis sortie de la projection avec l'impression d'avoir vu la Vierge ! Je doutais, comme saint Thomas, mais Dear White People est bien distribué en France, ce n'est pas une légende urbaine !

Vraiment, Dieu est grand !

J'en fais un peu trop là, mais il est tellement rare de voir sur grand écran un casting avec autant de Noirs qui ne soient ni esclaves, ni danseurs, ni rappeurs, ni malfrats que je me suis dit "huuuuum, il y a baleine sous graviers". J'ai donc bien le droit de m'esbaudir. D'autant que, lorsque le cinéma français décide de s'attaquer à la question du racisme, ça donne Qu'est-ce-qu'on a fait au bon Dieu ?, pièce montée indigeste de clichés xénophobes en tout genre. Ma méfiance était donc légitime.

Avec Dear White People, pas de rire gras et épais, mais des sourires de connivence, des grincements de dents et une fine alalyse de la société américaine.

 

Le pitch

"Dear White People" est le nom de l'émission radiophonique animée par l'étudiante Samantha White. Le miel de sa voix contraste avec les scuds qu'elle balance à ses auditeurs pour dénoncer leurs comportements racistes vis-à-vis des étudiants noirs du campus de Winchester. 

Décrite par ses détracteurs comme le rejeton braillard de Spike Lee et Oprah Winfrey, Samantha incarne idéalement notre mouvement Osez dire Fuck

Mais sa personnalité est plus complexe qu'il n'y parait, tout comme celle de Coco, Lionel ou Troy. Une soirée "afro-américaine", organisée par des étudiants blancs, le soir d'Halloween, va les pousser à prendre position. A travers le regard de ces quatre étudiants, le réalisateur Justin Simien dresse le portrait d’une génération qui, à l'ère Obama, doit encore lutter pour trouver sa place.

 

Une tagline qui annonce la couleur

Ce film sonne juste. Les réflexions aberrantes, les comportements indélicats, allant du racisme ordinaire à l'hostilité la plus affirmée ne relèvent pas de la fiction, je peux personnellement en attester. Le réalisateur Justin Simien s'est inspiré de son propre vécu d'étudiant noir à l'université de Chapman (Californie), majoritairement blanche, pour écrire le scénario de Dear White People. Le film évoque la difficulté à être soi-même quand on est "Noir dans un monde de Blancs". Les personnages du jeune cinéaste sont constamment sur leurs gardes : ils doivent jongler entre les vexations quotidiennes, l'image qu'ils renvoient aux Blancs et... l'image qu'ils renvoient au sein de leur propre communauté. Car personne ne veut s'exposer à une double mise à l'écart.

Métisse, Samantha adopte la posture de l'"angry black woman" qui va finir par l'épuiser. Son discours radical l'empêche de s'afficher avec Gabe, un étudiant blanc avec qui elle couche en secret.

A l'étroit entre sa couleur de peau et son homosexualité, Lionel essaie de se focaliser sur son ambition : devenir un bon journaliste.

Fils du doyen, Troy (miam miam) est loin d’être l’étudiant modèle qu’il prétend être mais afin de réparer des humiliations que son père n'a toujours pas digérées, il est condamné au succès.

Il y a également Colandria, qui préfère qu'on la surnomme Coco. La jeune femme ne peut assumer un prénom qui est, selon elle, un marqueur social handicapant. Or, elle refuse d'être cataloguée. Pur produit de la génération télé-realité, elle rêve de gloire et de paillettes, souhaite que "les gens connaissent (son) nom". 

Cela correspond-t-il simplement à un désir de célébrité ou plutôt au besoin d’être soi-même ? Vu la complexité des personnages de Justin Simien, le public peut s'interroger.

 

Les soirées de la honte

Avec son émission, Samantha en a énervé plus d'un. En représailles, des étudiants blancs décident d'organiser une soirée "afro-américaine" où les participants ont été appelés à "libérer le Nègre qui est en eux". Ce qui fut fait avec zèle, à grand renfort de clichés racistes et de "blackface". Pour rappel, le blackface est le fait pour un Blanc de se grimer en Noir. Apparu au XIXe siècle avec les "Minstrel show", ce phénomène est 100% made in USA mais s'exporte plutôt bien. Logique : la connerie n'a pas de frontières. C'est ainsi que la France enregistre également quelques affaires, plus ou moins médiatisées, autour de cette pratique.

On se souvient de cette rédactrice beauté de Elle qui, en 2013, s'était déguisée en Beyoncé, perruque afro sur la tête et visage peinturluré. La photo, postée sur Instagram, avait provoqué l'indignation... aux Etats-Unis avant de troubler "légèrement" la presse française. 

En 2014, Valérie Benaïm et Jean-Michel Maire de Touche Pas à Mon Poste ont voulu imiter les membres du groupe de la Compagnie créole. Résultat : chapeau de paille et chemisier fleuri pour lui, corsage blanc à décolleté bateau pour elle et un petit Blackface en prime pour eux deux. Ca a bien fait rire sur le plateau. Un petit peu moins sur les réseaux sociaux.

L'année dernière toujours, des policiers du Val de Marne ont posté sur Facebook les photos d'une petite soirée "négro", organisée entre gens de bonne compagnie. L'inspection générale de la police nationale a ouvert une enquête.

 

Bravo à Justin Simien pour avoir si bien pris la parole, dans ce premier long-métrage et pour son courage : beaucoup de Noirs s'auto-censurent, parce que réagir à tout est épuisant, parce qu'il y a toujours le risque de se faire taxer de paranos ou même de racistes (c'est ce qui est d'ailleurs arrivé au réalisateur à la sortie de son film). Mais laisser dire ne fait du bien à personne.

Liberté d'expression, je crie ton nom parce qu'il y en a trop, là dehors, qui font semblant de ne pas entendre et de ne pas comprendre.

Allez voir le film.

Et ouvrez-là. 

 

Commenter cet article

laora 16/04/2015 11:56

Oh ton résumé donne envie ! Donc en fait tu fais de la chronique ciné maintenant ? ;-)

Tatie Danièle 16/04/2015 12:45

Tant mieux, parce qu'il vaut le coup ;-) Sinon, pour les chroniques, je suis une opportuniste : j'essaie de me faire inviter à Cannes (pour l'année prochaine, là, c'est un peu juste), comme ça, je pourrai parader sur la Croisette avec "Fuck me, I'm old and grumpy" inscrit sur mon tee-shirt (ou sur mon torse nu ? Comme les Femen? sais pas encore). Et puis, il y a pas mal d'aigris dans le milieu, je pourrai peut-être recruter des stars pour parrainer ce blog, j'ai besoin de fonds !

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