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Vieille et Aigrie

"Vous ne la connaissez pas, mais elle vous déteste déjà"


Les harceleurs de supermarché

Publié par Tatie Danièle sur 10 Août 2015, 11:58am

 

 

Ces derniers mois, on a beaucoup parlé des harceleurs de rue et de ceux du métro, les fameux frotteurs. 

J'aimerais aujourd'hui parler d'un autre type de détraqués : les harceleurs de supermarché.

Ce n'est pas une formule, comme dans "dragueur de bac à sable".

Le harceleur de supermarché n'est pas un individu qui, mû par son instinct consumériste, va quadriller compulsivement les rayons des grandes surfaces à la recherche de bonnes affaires : "une bellete trouvée, la deuxième offerte", ou une ristourne du magasin sur une caille plus très fraîche (on ne badine pas avec les dates de péremption).

Il n'est pas non plus question du vigile qui va te pister dans les allées du magasin parce que selon lui, tu as une tête -ou juste une couleur de peau- de délinquante.

Je parle de l'employé lambda qui se prend pour un séducteur dans son uniforme aux couleurs vives avec un gros logo de l'enseigne dans le dos. Il a la dalle et a décidé de faire son marché sur son lieu de travail, histoire de faire d'une pierre deux coups. Il est certainement tombé sur cette étude réalisée par Monster en 2010 qui révélait que 30% des couples se formaient dans le cadre professionnel. Sauf que l'enquête portait sur l'acoquinage entre collègues. Pas avec des personnes extérieures à l'entreprise. 

 

Modus operandi

Quand tu habites depuis quelques années dans le même quartier, les commerçants finissent par te repérer. Ils te disent bonjour. Normal. Mais pour le harceleur de supermarché, le fait de répondre aimablement à ses salutations semble induire que tu es sexuellement attirée par sa petite personne. Il va donc adapter son comportement en conséquence et se permettre des privautés de plus en plus récurrentes et de plus en plus poussées.

Ca va commencer par un tutoiement sorti de nulle part permettant l'instauration de plaisanteries stupides mais légères : "Quand est-ce que tu m'invites chez toi à manger des pâtes?". Viendront les questions personnelles : "Tu as des enfants?". Certains passeront directement à l'attaque, te proposant un café après leur journée de travail. Quand tu refuseras poliment en invoquant un petit ami imaginaire, l'un d'eux le prendra très mal et te rétorquera avec hargne : "C'est faux, tu n'as personne (en insistant bien sur "personne", comme si tu étais Oscar, le chien abandonné du spot de 30 Millions d'Amis), je te vois passer tous les jours, seule". Ah, les joies de la vie de quartier !

Un harceleur de supermarché plus téméraire que les autres, va même se permettre de te sauter au visage pour te faire la bise, comme si vous étiez potes, tous les deux. La fois suivante, il va réitérer, allant même jusqu'à poser sa main très (très) bas sur ta taille, te plongeant dans une colère noire. 

 

Et là, c'est le drame !

Les bavardages inutiles, tu pouvais encore gérer, mais quand ton harceleur passe au contact physique, tu es prise d'une envie soudaine de faire un esclandre, là, tout de suite. Plusieurs pensées parasites viennent cependant retenir le flot d'imprécations fleuries que tu t'apprêtes à lui déverser en pleine face :

a) Tu risques de passer pour une folle auprès des autres employés et des clients du supermarché (dont certains sont tes voisins et tu les entends déjà cancanner : "La vieille fille du 8e yoyote de la touffe comme c'est pas permis!").

b) Tous ses collègues vont te prendre en grippe parce que tu auras humilié publiquement l'un des leurs. #SoSoSoSolidarité 

c) Il est possible qu'il se fasse virer à cause de toi, dans l'hypothèse où le gérant du magasin prenne ta défense (ce qui est quand même hautement improbable).

d) Si le scénario a, b, ou c, voire a b, et c devaient se réaliser, tu serais obligée de te chercher un autre endroit où faire tes courses, or ce supermaché est à deux minutes à peine de chez toi, bien pratique quand tu dois ramener un pack de six bouteilles d'eau.

Et puis, tu as du mal à te défendre parce que te dis que c'est un peu ta faute, que tu n'avais qu'à faire comme tous ces gens qui ne disent jamais boujour, et qui tirent la tronche 365 jours par an. Un bon avocat de la défense pourrait parfaitement accréditer l'idée que tu as "encouragé" ton harceleur. Damn !

 

Techniques d'évitement

 

Puisque la contre-attaque frontale est exclue, tu vas devoir ruser :

- Tu ne vas pas t'attarder dans le supermarché. Ton pas sera rapide (de la marche sportive au sprint, c'est toi qui vois), tes courses bien listées et le plan de parcours mémorisé. Tu ne dois pas laisser à ton harceleur le temps de détecter ta présence.

- Tu te déplaceras en crabe dans les allées, dos au rayons pour ne pas lui laisser l'opportunité de se glisser silencieusement derrière toi, comme les autres fois. 

- Si, au moment d'entrer dans le supermarché, tu le repères de loin, rebrousse chemin. Tes achats peuvent bien attendre quelques jours. La prochaine fois, il sera peut-être en repos, en vacances ou muté dans un autre quartier. (Tu as le droit de rêver).

- Tu vas progressivement te mettre à fréquenter d'autres commerces alentour, limitant tes excursions sur le territoire de ton harceleur aux achats des produits les plus lourds et encombrants. Si la situation dégénère brusquement, tu auras déjà une solution de repli toute trouvée.

 

Avec ces techniques d'évitement, on est loin de l'Amazone moderne ou de la vache follec'est vrai, mais parfois, la meilleure défense, c'est la fuite.

De plus, ça te laisse le temps de te préparer à LA confrontation avec le harceleur de supermaché, car celle-ci est inévitable. Quand le moment opportun se présentera, tu devras verbaliser avec des termes monosémiques (pour être sûre d'être bien comprise) ce qui semblait pourtant évident : C'est non. Niet. No. Never. 

NEVER EVER !

 

 

 

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