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Vieille et Aigrie

"Vous ne la connaissez pas, mais elle vous déteste déjà"


La vie est-elle une télé-réalité d'enfermement ?

Publié par Tatie Danièle sur 4 Décembre 2015, 06:30am

Catégories : #Me myself and I, #philosophie, #syndrome Truman show, #liberté, #télé-réalité, #libre arbitre

 

 

On nous rabâche que nous sommes libres de vivre notre vie comme on l'entend, et que "quand on veut on peut". Comme toi, j'en suis venue à penser que si on ne barbotait pas dans le bonheur, c'est qu'on ne s'en donnait pas vraiment les moyens. Mais si tous ces discours culpabilisants n'avaient qu'un seul objectif : masquer l'horrible vérité ?

T'es-tu déjà demandé si tu n'étais pas l'actrice principale d'un film d'auteur français avec peu d’action, mais beaucoup de ratages (se vautrer à partir de rien est un art injustement méconnu), du verbiage à souler un mort et un scénario ubuesque ? Moi aussi. J'étais convaincue que le réalisateur qui s'occupait de mon cas -un "fils de" au sens de l'humour tordu- me réservait un épilogue à la mords-moi le noeud, en me faisant claquer d'une occlusion intestinale, par exemple -comme Presley mais sans tambour ni trompette- inélégamment posée sur un pot de ficus (parce que j'étais également persuadée que le réal avait engagé un scénariste fan des engrais naturels).

 

Big Brother is watching me

J'ai récemment compris que l'Univers a beau être malveillant, je ne pouvais pas avoir hérité d'un karma aussi pourrave. J'étais aidée. Restait à trouver par qui. Et là, eurêka : Caméra cachée H/24. Superproduction. Access prime time. Oui, tu devines juste :

Ma vie est une télé-réalité d'enfermement. (Et si ça se trouve, la tienne aussi)

Exactement comme dans "The Truman show", un film de Peter Weir où Truman Burbank (interprété par Jim Carrey), est, depuis la naissance et à son insu, le héros d'une télé-réalité diffusée dans le monde entier.

Je ne sais s'il est préférable d'être la star d'un programme destiné à amuser la galerie à ses dépens ou d'avoir atterri dans un navet après une erreur de casting mais quoiqu'il en soit, l'impression de nager en pleine mascarade a désormais une explication logique. Je ne suis pas cernée de fous furieux mais de comédiens aguerris engagés par la production pour me piéger et pimenter un peu le grand show de ma vie. 

L'auteur qui planche sur mon émission doit être particulièrement obsédé par les chiffres de Médiamétrie car bien souvent, le script part en vrille : un Tartuffe qui masque son vice de stalker sous des airs de bigot, un médecin sociopathe, un collègue qui me propose des crêpes et un cunni, une sorcière avec tout son arsenal (chaudron, potions et canne maléfique), des infirmiers euthanasistes. C'est cette surenchère dans l'outrance et l'absurde qui m'a amenée à me demander, à l'inverse de Marc Levy : et si rien de tout ceci n'était vrai ?

 

Ainsi font font font les petites marionnettes

Quelqu'un s'amuse donc à contrôler ma vie pour son propre bénéfice. Ce scénario se retrouve aussi dans la vraie vie, bien sûr. Les parents, les profs, la police, ton conjoint, ta belle-mère, ta gardienne, ton conseiller Pole Emploi, tes élus, la société toute entière... il y a toujours quelqu'un, quelque part, qui estime qu'il sait mieux que toi ce qui est bon pour toi et qui veut te plier à sa volonté en essayant généralement de te persuader que ses désirs sont les tiens.

Savoir que ce sont de tierces personnes -des professionnels du divertissement en l'occurence- qui gèrent ta vie peut être rassurant, en un sens. Finalement, rien n'est vraiment de ta faute car tu n'es pas aux commandes. Ici, c'est toi la victime. Pas étonnant que tu n'arrives pas à être heureux puisqu'on tire les ficelles et que tu subis.

Cette théorie du libre arbitre revient régulièrement dans les fictions. Il en était également question dans "L'Agence" (de George Nolfi) avec Matt Damon et Emily Blunt. Les deux protagonistes ont dû ferrailler dur pour dévier du "plan" conçu pour eux par le "Grand patron".

 

C'est par où, la sortie ?

Ceci étant dit, on finit inévitablement par se sentir étriqué dans le rôle qu'on nous a assigné. Arrive un moment où on ne supporte plus d'être prisonnier de soi-même. 

J'ai donc établi qu'on se paye ma tronche à grande échelle. Soit. Mais là, j'ai envie de dire "pouce", "je ne joue plus". Alors soit la production se décide à me rémunérer convenablement pour continuer à vivre cette VDM soit on me trouve un auteur capable de me pondre un futur un peu plus funky, ou alors... JE SORS !

À l'instar de Truman, nous sommes submergés de messages subliminaux menaçants qui renforcent notre peur de l'inconnu et nous maintiennent dans l'immobilisme. "Chacun de nous accepte la réalité du monde auquel il est confronté", expliquait à un journaliste le méchant producteur du Truman show, pour expliquer comment la supercherie avait pu tenir aussi longtemps. Pourtant, Truman a fini par se rebeller, par reprendre sa liberté (au péril de sa vie, mais bon, c'était beau) et par vivre son rêve

À partir d'aujourd'hui, je m'engage à tenter de me défaire de ce costume de "candidate récalcitrante", à me "laisser pousser les envies"* jusqu'aux fesses et à devenir la star oscarisable de ma propre histoire. En attendant :

Si vous voulez que Tatie Danièle reste dans l'émission, tapez 1, si vous voulez qu'elle sorte, tapez 2. Pour qu'elle retourne dans le ventre de sa mère, tapez 3.

 

*Les Envies,Tété - L'air de rien

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