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Marcher droit, tourner en rond

Publié par Tatie Danièle sur 2 Juillet 2018, 11:30am

Catégories : #Marcher droit, tourner en rond, #Critiques, #Asperger, #éloge funèbre, #funérailles, #médiocratie, #société, #adaptation, #autisme, #Emmanuel Venet, #Editions Verdier

 

Le roman d'Emmanuel Venet est le monologue aigre-doux d'un personnage singulier. Atteint du syndrome d'Asperger, cet homme de 45 ans assiste aux funérailles de sa grand-mère Marguerite. Lors de la cérémonie, la vieille dame de 99 ans est dépeinte par l'officiante comme une femme bonne, généreuse et pieuse... un portrait plus qu'inexact. Alors, il est vrai que les enterrements ont parfois tendance à ressembler à des procès en béatification. En général, tout le monde s'en accommode fort bien (régler ses comptes avec les gens quand ils sont déjà morts est improductif... et mal-vu). Mais pour le narrateur, ce "révisionnisme" est profondément contrariant : "Le syndrome d'Asperger, atypie du développement appartenant au spectre de l'autisme et qui ressemble à l'idée que je me fais du surhomme nietzchéen, me rend asociognosique, c'est-à-dire incapable de me plier à l'arbitraire des conventions sociales et d'admettre le caractère foncièrement relatif de l'honnêteté", explique-t-il.

Il va donc commenter et décrypter la farce en train de se jouer sous ses yeux, telle une voix off scrupuleuse, nous livrant un portrait authentique de sa grand-mère et du reste de sa famille.

Le lecteur va ainsi découvrir que la mamie Marguerite était une Tatie Danièle déchaînée (réac, raciste, égoïste, etc...), et que ses filles sont, elles aussi, bien barrées : Tante Solange est une bigote qui "raisonne presque toujours de travers" et "aime l'humanité entière, mais avec une indéfectible préférence pour les délirants mystiques, les pervers sexuels et les marginaux criminels". Tante Lorraine, quant à elle, a une chatte de 15 kilos baptisée Clitoris, "ne s'intéresse qu'à des futilités et ment comme elle respire". On en apprend également un peu plus sur le narrateur : il est passionné (voire obnubilé) par le scrabble, les catastrophes aériennes et... Sophie Sylvestre, une ancienne camarade de lycée qu'il n'a pas revue depuis 30 ans. Pas grave ! Avec lui, c'est loin des yeux, plus près du coeur. Sophie est l'amour de sa vie, point barre. Ses fantasmes de vie conjugale avec elle et ses tentatives de rapprochement sortent de l'ordinaire.

"Marcher droit, tourner en rond" est une plongée dans la dynamique tordue des familles, avec des cadavres dans le placard qui sont en réalité des secrets de polichinelle, des histoires de cocufiages, de boisson, d'abandon, et de médiocrité (encore et toujours). Par extension, ce roman met en lumière l'absurdité de notre société. Heurté par le mensonge, l'hypocrisie et l'impossibilité de vivre de façon entière, le narrateur est très attachant. Il touchera tous ceux qui, sans être forcément Asperger, sont gênés par l'apeuprisme ambiant et qui trouvent que le monde ressemble bien à "un labyrinthe sans issue". 

 

 

"Ce n'est pas un signe de bonne santé que d'être adapté à une société profondément malade". J.Krishnamurti

 

 

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