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Kim Jiyoung, née en 1982

Publié par Ta Da sur 8 Mars 2021, 20:20pm

Catégories : #Littérature, #critiques, #Kim Jiyoung, née en 1982, #Cho Nam Joo, #Corée du Sud, #féminisme, #Droits de la femme, #8 mars, #metoo

 

J'ai voulu lire "Kim Jiyoung, née en 1982" de Cho Nam Joo parce que je fais partie de la Génération 80's (#Millenialsrepresent !) et parce que j'avais entendu dire que le livre avait affolé les misogynes de Corée lors de sa publication en 2016. À tel point que le film adapté du livre a lui aussi été attaqué avant même sa sortie !

De quoi ça parle ?

Kim Jiyoung, 33 ans, travaille dans un secteur qui lui plaît, elle est bonne dans ce qu'elle fait, elle a une responsable qu'elle admire et un mari décent. Mais sa vie bascule lorsqu'elle devient maman d'une petite fille.
La jeune femme est subitement victime d'absences durant lesquelles elle endosse la personnalité d'autres femmes de son entourage en s'exprimant avec leur voix et leurs mots. 

Pour comprendre ce dont souffre Jiyoung, l'auteure va remonter le fil du temps et explorer le parcours de cette femme née en 1982, en Corée du Sud. 

Naître à cette époque, c'est grandir en entendant prodiguer des mots de réconfort aux parents qui viennent d'avoir une petite fille ; c'est assister au traitement de faveur des garçons et s'entendre dire que c'est normal. C'est apprendre à ne pas voir trop grand et à endurer. Des bancs de l'école au monde de l'entreprise en passant par l'espace public, les discriminations, les vexations, le harcèlement, le molka* (mini-caméras utilisées par les pervers pour récupérer des images intimes de femmes)... tout est mis sur la table. 

Voilà ce qui a marqué la vie de Jiyoung. Telle est la réalité de la condition des femmes coréennes dans une société patriarcale.

 

Un récit universel

Le ton du roman est d'une neutralité qui surprend un peu, surtout au début. Le style du récit, très factuel, rappelle le compte-rendu, un sentiment renforcé par les données statistiques qui étayent l'ouvrage. C'est assez frappant car ça lui confère une valeur de "document" sociologique. De fait, "Kim Jiyoung née en 1982", est le témoignage d'une époque, la nôtre, et de la société coréenne. Cette histoire m'a semblé familière à bien des égards. À quelques détails près, l'histoire de Jiyoung aurait pu être l'histoire de n'importe quelle femme dans n'importe quelle partie du monde. Jiyoung est justement décrite comme quelqu'un d'ordinaire qui a écopé d'un prénom commun - Jiyoung est le prénom le plus donné en Corée du Sud en 1982 : une femme parmi tant d'autres, en somme. D'ailleurs, lorsqu'elle est "visitée", on a presque l'impression qu'elle sert de "porte-voix" à d'autres femmes qui ont connu des expériences similaires, quelque soit leur génération. 

Cette résonance explique le succès du livre, qui s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires en Corée du Sud et qui a été traduit dans une vingtaine de langues.

Sans surprise, il n'y a rien dans ce roman qui justifie l'émoi et l'indignation ressenties par certains. On y trouve seulement des constats nécessaires. Et l'évocation discrète d'actes de résistance au quotidien.

 

"Les filles obéissantes vont au paradis. Les autres, vont où elles veulent"

* Généralement, ces caméras sont placées dans des toilettes publiques. Parfois, les images récupérées sont diffusées sur Internet. En 2018, les Coréennes ont manifesté massivement contre ce phénomène avec comme slogan " My life is not your porn". 

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